Je suis fâchée avec le personal branding [MeMyselfandI]

C’est rare et pourtant cela sera la 2eme fois de la semaine que je donne la parole à quelqu’un ici. Aujourd’hui c’est Lucie qui pousse un coup de gueule, activité qu’elle maitrise à merveille, toujours avec intelligence. J’ajouterai que je partage son point de vue bien que j’avais accepté la publication de ce billet avant de l’avoir lu.

Dans la série des choses qui m’agacent prodigieusement sur le web, il y a un terme aux propriétés vomitives intéressantes : Le personal branding.

Non pas que le sujet soit absolument stupide, non : Il y a beaucoup de choses à dire sur la gestion de la réputation appliquée aux têtes d’affiches de notre système mondial, qu’ils soient gourous d’entreprise ou irresponsables politiques. Beaucoup de choses à dire, et beaucoup de choses à en apprendre.

On nous a donc collé depuis quelques années un terme anglo-saxon du plus bel effet sur ce que les grecs maîtrisaient déjà à la perfection : La culture du charisme, les élans du tribun, l’art de l’argumentaire et la finesse de savoir parfaitement comment retourner une situation à son avantage. Et on a appliqué ces préceptes politico-philosophiques à notre société capitaliste et individualiste ; Coucou, le personal branding.

En soi, c’est donc plutôt amusant à observer, comme tendance – Et ça ne date donc pas d’hier. Mais voyons, le personal branding appliqué au web, ça donne quoi ? Un phénomène dont s’emparent nos e-entrepreneurs et blogueurs « têtes d’affiche ». Donc des gens comme vous et moi qui ont un business plus ou moins florissant et entretiennent leur réputation avec soin, parce que c’est un atout dans leur vie professionnelle.

Kézako au fait, le personal branding ? « Communication en nom propre orientée autour de l’acteur communiquant. Le but étant de gagner en notoriété et en crédibilité pour réaliser plus tard des projets d’envergure. »

(Pouêt.)

(Source avec plein de novlangue marketing dedans)

C’est plutôt sain, d’essayer de donner une bonne image de soi et de sa petite entreprise, surtout quand elle est « micro » ou « personnelle ». C’est gentiment vain, aussi, d’essayer de créer un personnage sur des réseaux tentaculaires où chaque mot est référencé pour la décennie à venir (au moins), mais ça c’est une autre histoire.

Non, en réalité ce qui est prodigieusement agaçant c’est tout ce qui découle de ce mouvement de foule.

Chacun veut son petit masque de la perfection incarnée et se raccroche au petit train de l’e-réputation et du personal branding. Encore une fois, je le répète : Je n’ai rien contre ce phénomène quand il concerne des entreprises – de taille raisonnable – ou de vraies personnalités internationales ou nationales. Mais on parle de l’internaute ++, là. Les articles pullulent donc sur le sujet, et on voit apparaître dans de respectables écoles de commerces et de marketing des interventions de « pros du personal branding et de la gestion de la réputation » (*) qui ânonnent des préceptes venus tout droit des « youèsèèè » et qui bombent leurs petits torses devant des foules captivées.

(*) (si avec ça je ne fais pas un SEO du tonnerre pour mon gentil fournisseur de blog du jour…)

Mais bon sang de bon soir, c’est quoi, le personal branding appliqué à nos gentils petits agitateurs du web ? C’est avoir x followers sur Twitter, et un bon millier de contacts sur Facebook ? C’est étudier soigneusement les créneaux horaires pour savoir quand publier un statut, un tweet ou un article de blog histoire d’avoir un maximum de réactions ? C’est policer son image web jusqu’à la perfection pour s’offrir une belle image lisse comme du marbre (et bientôt une médaille en chocolat) ? C’est sonner tambours et trompettes alentours et décréter être un « influenceur » ? C’est incarner sa propre marque jusqu’à mettre sa bobine dans le header de son site internet (de vente de petites culottes) ? C’est créer un nouveau « métier », la gestion de son « être » ?

Étrange. Surtout pour des petites mains.

Rappel : « Personal branding : Communication en nom propre orientée autour de l’acteur communiquant. Le but étant de gagner en notoriété et en crédibilité pour réaliser plus tard des projets d’envergure. » Ah voilà ce qu’il nous manque : Les projets d’envergure. Mince. C’est embêtant ça.

Le souci de nos afficionados du personal branding en France c’est qu’ils ont un léger défaut de construction : Ils sont des amateurs. Passionnés, mais amateurs.

Ils pensent que gérer une réputation, c’est agir en permanence sur tous les leviers disponibles – Et finissent par barrer n’importe comment. Ils se revendiquent professionnels lorsqu’il s’agit de leur entreprise, mais ils passent leur temps à réagir de façon personnelle – Le plus souvent, en pleurnichant et en se lamentant des drames quotidiens qui leurs tombent sur la tête. Ils sont « directeur » de leur micro-boite, mais passent leur temps à se plaindre de leurs clients. Ils se disent « consultants » et « spécialistes du marketing internet » mais ne sont pas fichus de lire correctement un mail – Et encore moins d’y répondre. Ils sont à la tête de sites pseudo-journalistiques mais se permettent de faire des commentaires personnels sur l’actualité cinq fois par jour. En clair, ils ne gèrent rien du tout – Et si quelqu’un leur a appris ce qu’était réellement le personal branding, ils n’ont pas du écouter en cours.

Parce que créer sa propre marque, en réalité, ce n’est pas incarner le type lambda que tout le monde semble attendre, c’est faire une force de sa propre personnalité. Pas être un clone de Steve Jobs, dont vous ne serez jamais que de petits ersatz foirés les enfants. C’est connaître ses faiblesses et en faire sa force. C’est incarner des valeurs, celles qui sont les nôtres, et pas celles du voisin – Même s’il a plus de fans sur sa page Facebook que vous. Ce n’est pas faire de la gonflette pour bomber le torse et n’avoir qu’un pois chiche desséché qui frétille à peine derrière ses yeux bovins. C’est surtout avoir un projet. Une idée. De l’ambition. Des couilles. Un projet d’envergure.

Et qu’on ne me parle plus de co-branding entre intel, personal brandé de lui-même, et Truc ©, marque à la recherche d’un « expert » pour redorer son image. Parce que si je suis à la tête d’une entreprise, je n’ai pas du tout envie qu’un quidam mou du bulbe trainant 25 000 glandus bavant devant son expertise mette le moindre orteil dans mes bureaux, investisse ma marque, colle partout en une semaine le nom de ma boite accolé au sien sur tous les réseaux sociaux du monde, et décide finalement de se barrer sans rien avoir fait d’extraordinaire au bout de 8 mois parce que, tu comprends, pour continuer à être un spécialiste, il faut bouger sans arrêt.

Moi, entreprise lambda, je veux un type qui croit à mon projet, qui adhère au valeur de ma marque et qui véhicule celles-ci. Je veux un mec qui sache ce que mettre les mains dans le cambouis veut dire. Un mec avec des idées à lui, pas celles d’un gourou outre-Atlantique. Je ne veux surtout pas d’un personal brandé qui vampirise mon domaine.

Ouste, les body buildés.